Depuis lundi, les caméras de l’EBU évitent soigneusement les lignes droites. Pas un plan serré sur les starting-blocks, pas un travelling sur les courbes des cuisses. Les fesses des athlètes féminines ont disparu du cadre, remplacées par des contre-plongées sur les gradins ou des inserts sur les chronomètres. Une censure en direct, justifiée par un communiqué sobre : « Respect des valeurs européennes ».
Les caméras de l’EBU évitent désormais les fesses des sprinteuses, remplacées par des contre-plongées sur les gradins ou des inserts sur les chronomètres.
Ah, le respect des valeurs européennes, cette formule magique qui transforme une consigne de cadrage en manifeste civilisationnel. Mi-juillet 2026, l’EBU a effectivement publié des directives pour éviter la sexualisation des athlètes féminines – un fait confirmé par plusieurs médias sportifs, dont Eurosport. Ce qui est vrai : les caméras évitent désormais les plans serrés sur les corps, remplacés par des angles plus « neutres ». Ce qui est déformé : l’ampleur de la mesure, présentée comme une censure généralisée, alors qu’il s’agit d’une adaptation des prises de vue, non d’une interdiction totale. Les fesses des sprinteuses n’ont pas disparu des écrans ; elles sont simplement moins mises en avant qu’un chronomètre ou un gradin vide.
Car voilà le tour de passe-passe : on prend une consigne technique, on y ajoute une pincée de « woke-bashing », et hop, on obtient une polémique bien plus vendeuse qu’un débat sur la représentation des sportives. Les athlètes, elles, avaient déjà exprimé leur lassitude face aux plans intrusifs – une lassitude documentée par Eurosport. Mais peu importe : l’EBU, présidée par Delphine Ernotte, devient le bouc émissaire idéal, accusée de sacrifier le spectacle sur l’autel du politiquement correct. Comme si, soudain, les valeurs européennes se résumaient à un angle de caméra.
Le vrai scandale, si scandale il y a, n’est pas dans les directives, mais dans le fait que personne ne s’étonne qu’en 2026, on doive encore rappeler que les sportives ne sont pas des objets à filmer sous tous les angles. Les caméras ont changé de cible, mais le débat, lui, reste désespérément le même : on préfère s’indigner contre une « censure » fantasmée plutôt que de questionner pourquoi, depuis des décennies, les corps des athlètes féminines sont traités comme un décor.
— René Lefèvre
Sources : « Je fais du sport et je n’ai pas envie qu’on me filme les fesses » : les athlètes conquises par les nouvelles consignes de diffusion (Eurosport)



