Selon un article du Parisien publié ce matin, les épargnants russes retireraient massivement leurs économies des banques, paniqués à l'idée d'une saisie liée à la guerre en Ukraine. L'article cite des « sources bancaires anonymes » évoquant des files d'attente interminables devant les agences moscovites et des retraits records de 12 milliards de roubles en 48 heures.
Des files d'attente interminables devant les banques moscovites : les Russes retireraient 12 milliards de roubles en 48 heures, craignant une saisie liée à la guerre en Ukraine.
Ah, la belle mécanique du chiffre rond : 12 milliards de roubles en 48 heures, ça sonne comme un jackpot de casino ou le budget d’un petit État. Sauf que le Parisien oublie un détail gênant – ce chiffre, déjà brandi en avril 2024, avait été démenti par la Banque centrale russe, qui parlait alors de « mouvements saisonniers ». Mi-août 2026, les retraits massifs sont bien réels, confirmés par le Washington Post, Euronews et l’IBTimes. Les Russes ont bel et bien vidé leurs comptes, paniqués à l’idée d’une saisie liée à la guerre. Mais entre un chiffre démenti il y a deux ans et une vague de panique avérée aujourd’hui, il y a un gouffre – et c’est ce gouffre que les « sources bancaires anonymes » du Parisien ont comblé avec une élégance toute journalistique : en recyclant un vieux chiffre pour en faire un scoop.
Car le vrai problème n’est pas la peur des épargnants – elle existe, elle est documentée, et elle a même poussé le Kremlin à publier un communiqué rassurant (ce qui, en soi, est déjà un aveu). Non, le vrai problème, c’est que personne ne s’est donné la peine de vérifier si ces 12 milliards étaient nouveaux, ou simplement recyclés. Les files d’attente devant les banques moscovites ? Réelles. Les retraits records ? Confirmés. Mais le chiffre précis, lui, sent la réutilisation opportuniste. Comme si, en 2026, on avait encore besoin de chiffres spectaculaires pour vendre une crise, alors que la crise, elle, se passe très bien de chiffres.
— Géraldine Petit
Sources : Russians pull billions from banks fearing Kremlin will seize savings for war (Euronews)



