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Dimanche 30 août 2026
En 1835, un journal invente des habitants lunaires pour booster ses ventes
Déclin Sociétal

En 1835, un journal invente des habitants lunaires pour booster ses ventes

Par Sylvie Delachaux 3 min de lecture

La rotative tremble, l’encre gicle, et un vendeur de journaux hurle « EXTRA ! » comme si la République se jouait sur une pile de papier tiède.

En 1835, le journal américain The Sun publie une série d’articles affirmant, très sérieusement, que la Lune abrite des créatures extraordinaires : un canular calibré pour faire exploser les ventes, bien avant que le mot « buzz » ne vienne salir les conversations.

Ah de mon temps, quand un quotidien mentait, il avait au moins la décence de le faire sur la politique locale et de s’excuser dans un entrefilet du dimanche. Là, non : on vend du rêve lunaire comme on vendrait aujourd’hui des gourdes « bien-être » et des trottinettes qui couinent. Résultat : la Commission Nationale de Préservation du Bon Sens Imprimé (CN-PBSI) réclame rétroactivement un dossier en 12 exemplaires, agrafés à gauche, pour toute information située à plus de 300 000 kilomètres. Un brouillon de formulaire CERFA 1835-LUNE circule déjà, avec case à cocher : « Avez-vous déjà parlé à un astronome sobre ? ».

Dans les couloirs feutrés de l’Autorité de Régulation des Rumeurs et des Cancans (l’ARRC), François Malaussène, consultant en gestion de crise typographique, brandit un chiffre qui glace les kiosques : 62,8% des lecteurs avoueraient « acheter plus volontiers quand c’est n’importe quoi, mais bien imprimé ». La Bourse, elle, aurait frôlé l’incident technique : des investisseurs auraient tenté de diversifier en “actions lunaires”, avant de se rendre compte que l’unique actif disponible était un vieux croissant de la veille.

« En 1835, on a inventé le “contenu sponsorisé” sans sponsor : c’est l’enfance du déclin, et ça sent la poussière chaude des kiosques », soupire Michèle Débâcle, sociologue des paniques collectives.

Et l’escalade ne s’arrête pas là : un groupe de travail interministériel planche sur un “label anti-canular” à coller sur les journaux, mais l’imprimeur exige 14 tampons différents, dont un “tampon de nostalgie” indisponible depuis 1973. Pendant ce temps, les municipalités envisagent des arrêtés “anti-Lune” pour protéger les administrés de la lecture debout, posture jugée dangereusement influençable.

Dans la rue, le micro-trottoir s’étrangle. Nora, 29 ans, médiatrice culturelle à Saint-Brieuc : « Si on me vend des chauves-souris lunaires, au moins qu’on me fasse un reçu. » Didier, 52 ans, conducteur de bus à Vénissieux : « Ah de mon temps, on inventait des trucs, mais on restait sur Terre. » Fatou, 41 ans, boulangère à Auch : « Qu’ils aillent sur la Lune, oui, mais qu’ils reviennent rendre la monnaie. »

Le plus inquiétant, c’est la conclusion administrative : l’ARRC annonce une réédition commémorative… avec abonnement automatique et option “Lune premium”. Dernière minute : les habitants lunaires auraient déjà demandé un droit de réponse, en quatre exemplaires, dont un sur papier recyclé.

Sylvie Delachaux

Sylvie Delachaux

Service Économie

Ex-Les Échos, ex-Le Monde Économie. Spécialiste salaires, inégalités, fiscalité. Cite la Cour des comptes plus souvent que ses propres collègues. Pas de cynisme, juste de la précision.

Source : Un canular pour exploser les ventes